Et, le soir même, quand elle se trouva seule avec sa cousine, après le départ de Sérénis :

— « Méfie-toi, » dit-elle à Nicole. « Il y a quelque chose dans ton mari que tu ne connais pas.

— Quoi donc ?

— Une amertume sentimentale qui pourrait un jour s’envenimer.

— Que veux-tu dire ?

— Ne l’as-tu pas entendu parler de l’amour, lui, ce cerveau abstrait, ce savant, ce sauvage, qui ne sait pas tourner un compliment à une femme ?

— Était-ce bien d’amour qu’il parlait ? » répliqua Nicole, avec un hochement de tête. « C’était de son prestige, de son autorité, de sa supériorité d’homme et de mari. Il veut de l’admiration. Je ne lui marchanderai jamais la mienne. Ne sait-il pas qu’il l’a tout entière ?… Je n’ai rien compris à ses allusions désobligeantes… »

Ce langage, si nouveau sur les lèvres tendres et résignées de la jeune femme, surprit sa cousine par un accent imprévu, mais non par sa signification secrète, dont elle avait la clef.

— « Je te préviens, » reprit Berthe. « Pas pour lui, mais pour toi. Tu as l’air d’avancer qu’il n’entend rien à l’amour. C’est ce que je lui ai dit moi-même. Et je le crois. Votre existence conjugale n’a jamais eu l’allure d’un roman. Es-tu bien sûre qu’il en ait pris son parti ?

— Voyons !…