Sa prière ne fut pas écoutée. Le sujet de l’entretien devait être grave. Elle suivit de l’œil, avec un dépit ironique, ces deux hommes qui s’isolaient pour traiter des questions soulevées par son intrigue et dont elle possédait la clef mieux qu’eux-mêmes.
Hardibert et Chabrial marchèrent quelques minutes en silence, aussi bien pour s’éloigner que pour atteindre une allée ombreuse. Enfin le député reprit, avec une rondeur conciliante :
— « Voyons, mon vieux, avoue que je suis dans le vrai. Tu reconnais que les utopies socialistes de tes ouvriers les égarent. Donc, leur véritable intérêt demande que tu les diriges dans leur vote. Dis que tu ne veux pas le faire, par détachement, orgueil, que sais-je ?… Mais ne prétends pas… »
Hardibert interrompit :
— « Je ne me refuse pas à les diriger. Je me refuse à les contraindre…
— Les contraindre !… » s’exclama l’autre. « Entendons-nous. En expulsant quelques meneurs dangereux, — comme Coursol, par exemple, — avant l’élection de dimanche, tu donnerais simplement à réfléchir aux autres.
— « Coursol ne peut pas être expulsé… Il s’est soumis… Il a ma parole… »
Dans l’accent de Hardibert quelque chose fléchit.
Chabrial s’y trompa, croyant à du terrain gagné. Depuis deux heures, il travaillait le directeur de la Martaude — si tant est qu’un esprit de cette trempe devînt malléable sous la faconde du politicien.
La population usinière avait récemment donné de l’inquiétude. Il se trouvait ici un foyer de socialisme, d’anarchie peut-être. Un exemple était nécessaire. On attendait du maître une manifestation d’énergie. Le Gouvernement attachait la plus grande importance à l’élection de dimanche. Les huit à neuf cents votes des ouvriers de la Martaude pouvaient donner la victoire au candidat officiel.