— Oh ! Raoul Hardibert, le savant directeur de la Martaude, donnant une consultation de toilette !…
— Parfaitement… Voyons un peu… Passez-moi ces petites loques… Qu’est-ce que vous alliez faire de ça ?… »
Il prenait les morceaux de dentelle, indiquait des arrangements, des combinaisons, et même dessina un modèle de corsage sur son calepin. C’était si nouveau, d’une si aimable fantaisie, que Nicole en éprouva comme un attendrissement, et que Jeanine, cherchant le regard de son mari, resté en arrière, sourit avec un battement de cils, comme pour lui dire :
« Allons, tu n’as pas trop mal manœuvré. Ça y est, n’est-ce pas ? »
Chabrial secoua la tête. Et Jeanine ramena sur Hardibert la méchanceté déçue de son regard. Celui-là n’était pas un des pantins dont elle ferait jouer les ficelles.
L’heure du dîner approchait. On l’avait avancée, pour que les visiteurs pussent prendre un train rapide qui passait à Sézanne assez tôt dans la soirée. Les instances de la maîtresse de maison ne les décidèrent pas à profiter des chambres préparées à leur intention.
Le crépuscule traînait encore au ciel en des reflets plus délicats qu’un effeuillement de pétales, quand le landau descendit à travers le parc, entre les masses des arbres déjà noirs, pour reconduire M. et Mme Chabrial. Les Hardibert les accompagnaient. Du moins le directeur devait aller jusqu’à la gare, tandis que Nicole, les quittant à la grille, ne sortirait pas de la propriété. Autour de la voiture, gambadaient Mâtho et Tanit, les deux dogues danois.
Tout à coup, les chiens se mirent à donner de la voix. On passait à ce moment au-dessous de l’allée en terrasse où se trouvait le banc sur lequel Ogier avait un jour attendu Nicole et le massif d’où Toquette lui avait lancé des roses.
— « Il y a quelqu’un là-haut. Stoppez donc, Honoré ! » s’écria Hardibert.
— « J’ai cru voir une ombre, » fit Jeanine. « Mais je supposais qu’un de vos jardiniers…