Sa voix s’éleva, incertaine, étouffée, puis soudain résolue et claire dans l’impressionnant silence.

— « Écoute-moi, » dit-elle à son mari. « Écoute. Tu vas suivre ta conscience. Tu vas courir des risques et traverser une épreuve. Je veux en prendre ma part avec toi. J’en suis digne. Ne m’en écarte ni par un doute, ni par un dédain, ni par une méfiance. Tout à l’heure, en te faisant l’aveu de ma folie, j’ai voulu te montrer mon cœur tout entier, pour que tu le reprennes, même — surtout — dans ce qu’il a de faillible et de chancelant. Peut-être y ai-je mis de la maladresse. Tu ne m’as pas comprise. Mais essaie du moins de me croire. Je suis, je serai toujours ta femme loyale et fidèle. Tu as ma foi, mon admiration, mon obéissance… »

Touché de son accent, atteint à des profondeurs inconnues par cette sincérité pénétrante, sans savoir d’où en venaient les tragiques vibrations, Hardibert demanda doucement :

— « Est-ce tout ? »

Ce fut le seul mot que risqua sa fierté. Violemment, il souhaitait une protestation d’amour. Ah ! plus violemment que jamais, depuis que la trouble confession lui avait ouvert, sur l’émotivité passionnelle de sa femme, d’étranges aperçus. Mais il ne l’eût provoquée par nul impérieux élan de sa propre tendresse. Peut-être même, s’il eût voulu s’assouplir jusque-là, n’aurait-il su comment s’y prendre. Quand Nicole exprima les plus vifs sentiments à son égard, sauf celui qu’il attendait, il ne trouva donc que cette froide question :

— « Est-ce tout ?… »

Elle comprit. Et cette façon de lui réclamer l’inestimable grâce, comme si elle eût rendu des comptes matériels et dû rectifier le total d’une addition, aurait, même en des dispositions plus favorables, paralysé sa bonne volonté. Cependant il ne s’agissait plus de ce qu’elle éprouvait. Le devoir accepté lui mettait à l’épaule une serre puissante et terrible. Elle ne pouvait plus y échapper. Elle irait jusqu’au bout. Il fallait que, dans les ténèbres, soudain épaissies de fatalité, Georget entendît des paroles irrévocables. Il fallait que, sur la nébuleuse clarté du chemin, il vît se dessiner le geste qui l’arracherait d’elle.

— « Non, » répondit Nicole, « ce n’est pas tout. Si je ne te disais pas que je t’aime, c’est que je voulais mériter de le dire en te prouvant bientôt que rien ne reste en moi d’une illusion insensée. Quand tu seras persuadé que mon cœur n’a jamais cessé de t’appartenir, alors j’oserai te parler de mon amour.

— Parle-m’en tout de suite… » murmura son mari en la pressant contre sa poitrine.

— Je suis à toi, Raoul, » s’écria Nicole.