—«Rien. Que voulez-vous qu’ils disent?... qu’ils me disent ... C’est comme si un officier interrogeait une patrouille aux confins d’un immense territoire ennemi ... Et encore, sans parler la même langue.

—Vous prétendez qu’ils ne s’en prennent pas à vous, personnellement?

—Non ... Ils me l’ont donné à entendre. Deux ou trois même ont montré une certaine émotion.»

Crapart affecta un air déconcerté, abasourdi.

—«Je ne comprends pas, monsieur Fontès. Je ne comprends pas!...

—Qu’est-ce que vous ne comprenez pas, monsieur Crapart?

—Votre calme ... vos énigmes ... Pour qui êtes-vous? Pour moi?... qui vous associe à une grosse affaire ... qui vous emploie ... qui ai confiance en vous, en votre talent, qui vous ferai gagner la forte somme?... Ou pour ces gaillards-là, qui ont failli vous tuer?

—Je ne suis pour personne. J’accomplis ma tâche, de mon mieux. Seulement, je raisonne, je vois.

—Que voyez-vous?

—Deux choses en présence. L’erreur humanitaire d’une société bourgeoise, qui, distribuant des outres gonflées de mots vides, essaie d’imposer cette illusion que son bon vouloir—apparent ou sincère—va renverser les dures lois éternelles du monde: l’effort, la concurrence, la lutte, l’inégalité, tout ce qui détermine l’incessante évolution. Et, d’autre part, la brutalité d’une classe populaire, qui, elle, ne méconnaît ni la force, ni la haine, comme éléments de conquête, et qui commence à s’en servir ouvertement.