—«Ce que j’ai à vous dire est si atroce!...»
Le ton, plus que les mots, épouvanta cette enfant, si lointaine du monde et de la vie. L’espèce d’enchantement qui, tout à l’heure, faisait son pas léger comme un vol, se dissipa. Elle devint aussi blanche que le lainage près de sa joue.
—«Oui,» reprit Fontès, répondant à l’anxieuse interrogation des yeux limpides, «je dois vous poser une question cruelle, une question terrible,—moins cruelle et moins terrible pourtant que l’incertitude de ma conscience.
—Posez-la moi, cette question,» dit résolument Xavière.
La respiration, la couleur lui revenaient. S’il n’y avait qu’à dire la vérité!... Et déjà, la vérité même resplendissait dans le bleu élargi de ses prunelles. Elle attendait avec une fermeté tranquille, dont sembla s’aggraver le tourment de Fontès.
—«Que croire?... Que souhaiter?... Ah! je n’ai pas mérité ...» murmura-t-il.
Une indicible douleur était dans sa voix, sur son visage. Le cœur de Xavière se contracta.
—«Vous souffrez ... monsieur Fontès?... vous souffrez?...» demanda-t-elle en effleurant sa manche d’une main tremblante.
Tous deux se tenaient debout dans l’allée, sans songer à marcher plus loin ni à s’asseoir sur le banc. L’air immobile avait une fraîche douceur. Aucun souffle ne détachait les feuilles mortes. Par les éclaircies, on apercevait, aux croupes des collines, les lointains forestiers, qui s’estompaient dans une brume blanche. Le vaporeux automne, avec son silence, avec ses parfums oppressants, remplissait l’espace. Un bruit sec, répété, se fit entendre. C’était le bec d’un pivert, qui fouillait une écorce, pour y découvrir sa proie, l’atome de vie dont il allait faire un peu de mort.