Une porte s’ouvrit sur la lumière intérieure. Une bonne voix de vieille dit joyeusement:

—«Voilà mes petits maîtres ... Tous les deux! Oh! quelle chance!

—Bonsoir, Margotte,» dirent-ils ensemble.

Elle les avait élevés l’un et l’autre, ces deux garçons, qui, orphelins d’un même père, avaient eu ce destin semblable de perdre leur mère de bonne heure,—l’aîné à sa naissance même, le second vers sa septième année. Celle qu’on appelait Margotte depuis si longtemps qu’on ne lui connaissait plus d’autre nom, c’était tout ce qui restait près d’eux des générations précédentes. Ils l’aimaient.—Jacques légèrement, avec son insouciance foncière,—Clément, d’une façon profonde, avec une espèce de vénération mélancolique, comme un vivant fantôme de tout un passé disparu.

—«Y a-t-il un bon dîner, Margotte? Je crève de faim.

—Ah! mon Jacquot. J’ai peur que tu ne le trouves pas fameux à côté de tes restaurants de Paris.

—Tu blagues, Margotte. C’est ici que je bouffe le mieux.»

Le temps de grimper dans leur chambre, de faire vivement un bout de toilette, et les deux jeunes hommes se retrouvèrent en face l’un de l’autre, des deux côtés de la nappe rouge et blanche, unis momentanément par une sensation identique, l’allègre cordialité de leur bel appétit.

Leurs yeux se rencontrèrent en un regard vraiment fraternel.

—«Eh bien, mon gosse,» fit l’aîné. «On n’est pas mal dans la vieille maison, quoi que tu en dises.