—Peuh!... épouser un garnement comme vous ... Et l’aimer, ce qui est pire ...»
Une stupeur cloua Jacques. C’était tout simple, pourtant, c’était logique. Il n’y avait pas songé. Ou si peu!... Cette mise en face de la réalité l’interloqua. Mais aussitôt, son impudence naturelle, enhardie par l’air démoralisé du vieillard, lui inspira cette réflexion:
—«M’épouser?... Si c’est cela qui vous fait peur ... je n’insisterai pas, vous savez ... Je ne suis guère mûr pour le mariage.»
Instantanément, l’aspect de Theuville se transforma. Ses yeux flambèrent. Il érigea son buste maigre. Une autorité inattendue rehaussa la nerveuse élégance de ses traits.
—«Ne me répondez pas avec légèreté, Jacques. La légèreté n’est pas de mise en un tel sujet. On pourrait la qualifier autrement.
—Mais,» riposta le jeune homme, «nous sommes d’accord ... Je n’ai pas l’intention de me marier à la légère.
—Vous hésiteriez à épouser mademoiselle Ausserand?
—Mon Dieu!...
—Après l’avoir compromise?...
—Ce n’est pas ma faute si l’on a assassiné dans le pays pendant un des rendez-vous que m’accordait votre nièce. Ai-je dit que j’étais chez elle? Non, n’est-ce pas? J’ai risqué ma tête et mon honneur pour sa réputation. Nous sommes quittes.»