fils de Ludovic Crapart, savetier.»

Oui, Crapart mit sur ses affiches le nom et la profession de son père. L’ivresse de rage où le jetait la trahison de Chopette, combinée avec son exaspération contre l’illogisme des ouvriers, lui inspira cette crânerie. Elle eut un succès fou. Pendant huit jours, il fut le personnage à la mode. Mais, dans les conversations autour des tables fleuries, les jolies femmes décolletées le débinèrent, leurs maris ayant manifesté des velléités d’imitation, et prétendant commencer l’A. T. F. (abolition totale du faste) par les toilettes de ces dames.

Pendant ce temps, Clément Fontès, désintéressé d’une manifestation bourgeoise qu’il estimait devoir rester individuelle, et, par conséquent, sans portée, se posait des problèmes d’un autre ordre. Deux êtres vivaient dans son cerveau, d’une vie intense, d’une vie où s’absorbait la sienne, et auprès de laquelle la personnalité d’un Crapart n’existait pas: c’était Jacques et Xavière, et c’était leur amour.

Il songeait à cet amour, il en imaginait ardemment la jeune folie, en ce jour presque hivernal, où, comme il se trouvait dans son cabinet de travail, à Theuville, sa vieille Margotte vint lui annoncer la visite de son frère de lait, Marcel Barbery.

Clément descendit dans la salle basse avec le serrement de cœur qui l’oppressait au seul nom du veuf. Quand il revit en face de lui cette figure de deuil, la haute stature noire, la physionomie dévastée, cet être défait, presque vieux, qui, deux mois avant, était un si joyeux gaillard, il saisit les mains du malheureux, n’eut, un instant, de pensée que pour lui.

—«Je ne te retiendrai pas longtemps,» dit Barbery.

—«Aussi longtemps que tu voudras, mon pauvre ami. Ton malheur n’est-il pas le mien? Cela passe avant tout.

—Je viens te dire adieu,» prononça le meunier, avec une résolution sombre.

—«Adieu?... Mais pourquoi?... Où vas-tu?

—Au diable ... en enfer ... N’importe où. Je ne reste pas ici.»