Le jeune meunier s’enfuit,—refermant la porte pour que son chien ne le suivît pas.
Fiston courut derrière lui, se buta aux panneaux de bois, puis se mit debout, et, à travers les carreaux, regarda s’éloigner son maître jusqu’à ce qu’il ne le vît plus. Alors il poussa un long gémissement. Mais c’était un chien très humble, peu gâté par les gens et par la vie, dont les chagrins ne comptaient pas, et qui le savait. Il n’exprima donc pas autrement sa peine, et, d’un air soumis, revint vers celui auquel, pour le moment,—c’était certain—il devait obéir.
Le regard humain, qu’il rencontra fixé sur lui, le troubla. Se couchant aux pieds de Fontès, il baissa les paupières, avec cette gêne que les animaux, comme les gens, éprouvent devant l’insistance des yeux. Sa queue touffue battit doucement le sol, ce qui signifiait:
«Je suis prêt à t’aimer, vois-tu, bien que je n’ose affronter le mystère de tes prunelles.»
—«Viens, Fiston,» dit Clément.
Pour que la bête ne sentît pas la solitude dans une maison inconnue, il fit ce qu’il ne faisait pas pour son propre chien. Il l’emmena dans son cabinet de travail. Sur le palier du premier étage, Fiston gronda sourdement.
L’architecte se tourna, étonné. Puis il se mit à la besogne, et ne s’en occupa plus.
Mais, quelques jours plus tard, un cri d’animal frappé et un bruit de bousculade ayant attiré son attention, il découvrit, du côté de l’office, son jeune domestique, Gervais, qui, armé d’une étrivière, prétendait corriger Fiston. Malgré sa douceur, le chien montrait les dents.
Fontès bondit et saisit rudement le bras du garçon: