—«Oui, puisqu’il a fui là-haut ... puisqu’il y est allé finir la nuit pour se créer un alibi ... C’est de ce côté-là, aussi loin que possible de son crime, qu’il avait dû cacher des choses ... J’ai pensé cela ... après, quand on l’a eu relâché ... J’ai suivi ce chemin-là, cent fois, en examinant chaque touffe, chaque motte de terre ... Et j’ai trouvé ...
—C’est alors que tu as quitté Theuville?
—Oui.
—Pourquoi?
—Pour ne pas le tuer.»
Un silence. La carrière, aveuglante, crépitait de soleil,—dur soleil d’avril, nu, dépouillé, plus triste de se refléter sur ces blancheurs miroitantes de pierre et de sable. Quelques hirondelles, revenues de loin sans doute, traversèrent l’espace avec de petits cris.
—«C’est ton droit de le tuer,» prononça Clément.
—«Je ne toucherai pas à un Fontès,» déclara l’ouvrier.
Celui qui portait ce nom ne répliqua rien. Il songeait. Peut-être allait-il parler ... Mais il se contint. L’autre reprit:
—«Tes parents ont aidé les miens. Ta mère t’a confié à la mienne ... pour qu’elle continue à avoir du lait. Sans cela, comment m’aurait-elle nourri? Toi, tu fus mieux qu’un frère pour moi. Si j’ai gardé le moulin, si j’ai pu épouser Louisette, c’est par tes bienfaits. Va-t’en maintenant. Ne parlons plus ... Ne me tente pas ... Ne me dis pas que j’ai le droit de le tuer ... Il est mort pour moi ... Toi aussi ... Tout, ... tout est mort ... Va ... Nous n’avons plus rien à nous dire.»