—«Est-ce possible?... Est-ce vrai?... L’as-tu condamné?... Alors, laisse-moi ... laisse-moi agir!... Clément ... Laisse-moi faire cela ... Mon âme en brûle!... Quand on devrait m’écarteler après! Ne comprends-tu pas que, toi seul ... Ah! sans toi ... supposes-tu qu’il vivrait encore?...»
Immobile, les bras serrés sur sa poitrine, les yeux voilés par les paupières, Clément ne trahissait plus, même par un signe, ce qui se passait en lui.
Devant son silence, presque effrayant, Marcel poursuivit:
—«D’ailleurs, moi ... qu’on m’arrête, qu’on me condamne ... quoi!... ma vie est finie ... Tandis que toi ...»
Fontès leva les yeux. La pensée, chez cet homme, était si forte, qu’elle rayonnait parfois au-dessus des plus violentes émotions. L’idée, en ce moment, surmonta tout:
—«On ne me condamnerait pas plus que toi,» dit-il, «si j’accomplissais l’acte nécessaire. Cette société si lâche, et qui a tellement peur de la mort, peur de prendre la responsabilité de la mort, a la plus plate considération pour l’homme qui ose tuer. Elle admet le meurtre conjugal, le meurtre passionnel, le meurtre philosophique. Le moindre prétexte lui suffit pour acquitter celui qui tue. Oui, cette société qui, presque sûrement, laisserait la vie à l’assassin de Louisette, justifiera sa mort si l’un de nous, toi ou moi, nous nous substituons à sa pauvre justice. Elle, qui n’a plus de force, reconnaît notre droit à la force. Marcel, ne pensons pas à ses jugements dérisoires. N’écoutons que notre conscience.
—Alors?...» proféra Barbery, dans un souffle frémissant. Et il lui étreignit le bras avec des doigts si nerveux qu’il lui fit mal.
Fontès le considéra en silence. Les yeux de son frère de lait enfonçaient dans les siens une interrogation terrible.
—«Non, Marcel, non!...» prononça enfin Clément.
L’ouvrier recula, livide, tragique, un blasphème aux lèvres.