—«Ah! je m’en doutais!..» cria-t-il. «Tu es comme tous les faiseurs de discours. Quand il s’agit de les appliquer aux tiens, tes rudes théories, elles s’effondrent. Tu laisseras Louisette sans vengeance! Tu laisseras impuni un pareil crime!... un pareil crime!!... Et moi, tu me tiens ... Tu m’enchaînes par tous les bienfaits passés. Tu sais que je ne toucherai pas à un Fontès tant que tu me l’interdiras. Et tu as sucé le lait de ma mère!... Ah! beau parleur!... orgueilleux!... Laisse-moi!... Va-t’en!... Tu vaux l’autre ... C’est comme si tu assassinais Louisette ... tiens! là!... une seconde fois ... sous mes yeux!...»

L’image d’horreur se refléta dans le regard halluciné. Tout le désastre de cette vie cria par les traits farouches, ravagés, par la violence de l’être retourné à une espèce de barbarie brutale, par la tenue misérable, les vêtements disparates, sordides, que nulle main de femme ne soignait plus.

—«Celui qui a fait tant de mal doit mourir!» s’écria Fontès.

Puis saisissant la main du malheureux.

—«Écoute, cependant ... Il faut que tu saches. Quelque chose le met au-dessus de nos représailles, au-dessus de son destin et du châtiment. Ce monstre que j’ai appelé mon frère, il est aimé ...

—Moi aussi, je l’étais ...» gémit le veuf.

Fontès continua sans répondre:

—«Il est aimé par une jeune fille ... que j’adore. Tu entends, Marcel ... J’adore Xavière Ausserand ... Je l’adore!»

Il répétait ce mot avec une intonation qui étonnait son oreille. Barbery, calmé soudain, le regarda.