Jacques partit sur la route, se dirigeant vers sa maison natale.
S’il y revenait, c’était par suite d’une sommation de son frère,—une inquiétante missive,—qui ne l’avait pas ému, comme il essayait de le faire croire à Garuche, mais qui l’avait terrifié. Et il ne pouvait pas ne pas venir, parce que, après un tel ordre de comparaître, l’abstention lui eût paru plus dangereuse que l’obéissance.
Voilà pourquoi, descendu du train de Paris, en cette chaude fin d’après-midi d’été, Jacques s’était assuré, en passant, du renfort que représentait Garuche.
Une paix silencieuse et dorée remplissait la campagne. C’était l’heure surabondante de l’année, où rien encore n’est cueilli ni fauché de la splendeur terrestre. Les foins épais et fleuris, les moissons encore vertes, animaient l’espace de leur sensibilité frissonnante. Grâce à leur ondoiement, le sol immobile palpitait comme la mer ou comme un sein vivant. Un ramage d’oiseaux remplissait les bois, au long desquels le Sausseron coulait parmi tant d’herbes et de roseaux que, sans le voir, on entendait sa chanson mouillée. Les alouettes montaient au-dessus des champs, et l’air se parsemait de roulades à l’approche du soir. La route, avec son flottement de ruban clair, semblait aller vers du bonheur.
Jacques tourna par un raccourci, traversa les prés pour ne pas paraître dans le village, et, sans avoir regardé du côté du moulin, se trouva devant la maison des Fontès.
Son frère l’attendait dans la salle basse, la vieille salle à manger, au carrelage noir et blanc, avec ses buffets jaunâtres, sur lesquels, dans des vases bleus, séchaient des graminées. Il y faisait une fraîcheur délicieuse.
—«Tu dois avoir soif,» dit Clément.
Il fit servir de la bière, et, quand Gervais l’eut apportée:
—«Maintenant,» commanda l’aîné des Fontès au jeune domestique, «tu peux partir. Va-t’en avec Djinn chez le maréchal. Et fais attention au fer antérieur droit,—la pince un peu renforcée en dehors, comme je te l’ai dit. Va.»
Gervais s’éloigna. Il y eut un silence. On entendit les sabots de Djinn dans la cour. Les fenêtres étaient fermées, et même les volets d’une fenêtre. La maison, dans l’ombre du marronnier énorme et en contre-bas du jardin, avait un recueillement muet de crypte.