—«Non, Jacques. Un Fontès ne refait pas sa vie là où tu en es de la tienne. Pense à l’homme qui t’a donné ce nom ... Et fais ce que tu dois faire.

—Que veux-tu dire?..»

Clément posa quelque chose sur la table. Les yeux de Jacques, accoutumés au demi-jour, distinguèrent immédiatement l’objet terrible. Ils l’eussent deviné dans les ténèbres. C’était un revolver.

—«Lâche!..» murmura le jeune homme.

—«Je ne suis pas lâche,» dit Clément. «Écoute ...»

Il fit deux pas, et vint s’appuyer à la table, tout près de l’autre. Face à face, il regarda celui qu’il avait aimé pendant tant d’années comme un frère. Le visage blême du plus jeune se leva. Leurs prunelles, à travers le mystère de l’ombre, se rencontrèrent tragiquement. Dans les unes, il y avait, sous le défi affecté, une imploration éperdue. Dans les autres, un abîme de tristesse.

La mollesse assoupie de l’été baignait cette scène, comme l’atmosphère d’un rêve suffocant dont on ne parvient pas à s’éveiller.

—«Je ne suis pas lâche,» répéta Clément, «car je suis prêt à payer ma conviction de ma vie. Ma conviction est que tu dois mourir. Mais, si tu préfères me tuer, tu le peux. Voilà ce revolver. Il est à ta portée, tiens ... Mets-moi une balle dans la tête. Puis place le revolver dans ma main ... et fuis. On croira que je me suis tué. Fais cela si bon te semble ...»

Il se rejeta en arrière, les bras croisés, et attendit.