—«Pourquoi cette comédie?» hasarda Jacques.
—«Ce n’est pas une comédie ... C’est un duel, mettons.
—Si je te comprends bien, tu me donnes le choix: ou te tuer, ou être tué par toi ... Tu me proposes le suicide ... C’est trop commode ... Te débarrasser de moi sans risques!.. Voilà!.. Et malgré tes grands mots, je le répète, tu n’es qu’un lâche.
—Jacques, le mari de Louisette sait tout. C’est lui qui t’abattra comme un gibier que sa vengeance traque ... quand je ne retiendrai plus son bras. Et je ne pourrai plus le retenir ... Je n’ai plus les motifs ... Il verra ...»
Un cri étouffé,—un cri qui essaya de se formuler en juron, mais qui était bien le halètement de la terreur, échappa aux lèvres de Jacques. Aussitôt, par un effort, il essaya de reprendre contenance:
—«Allons, Clément ... J’en conviens ... Je suis un malheureux ... Mais laisse-moi partir ... Que je gagne seulement la frontière ... Voyons ... Si je te jurais de devenir un autre homme ... Je suis trop jeune pour mourir ...
—Tu n’étais pas trop jeune pour tuer. C’est toi qui as choisi. L’assassin se condamne par son acte. Aucun tribunal n’a le droit d’abroger cette condamnation-là.
—Mais toi?... Qu’es-tu?... Tu es donc le bourreau?...»
Clément tourna sur lui-même, comme ivre d’horreur.. Ses doigts se crispèrent dans ses cheveux. Et ses ongles, sans qu’il les sentît, lui labourèrent le crâne. Un gémissement souleva sa poitrine. Le calme qu’il s’imposait, l’abandonna.