Dans l'avenue Marigny, du haut en bas des Champs-Élysées, plus loin encore, le long des quais, c'était un débordement de fraîche verdure sous lequel Paris semblait comme rajeuni. De tous côtés l'on arrosait; l'eau s'éparpillait dans le soleil en gerbes étincelantes. C'était une fête, un baptême. Il était impossible de ne pas ressentir l'influence de joie et d'énergie qui sortait de toutes ces belles choses.

René et son ami ne songeaient point à s'y soustraire. Ils avaient pour un moment oublié leurs préoccupations et causaient avec animation et insouciance, comme ils l'avaient fait tant de fois en remontant cette même avenue. Lorsqu'ils furent arrivés au rond-point de l'Étoile, la conversation s'étant un peu ralentie, le comte se tourna sur sa selle et jeta un coup d'œil en arrière.

—Ah! Paris, murmura-t-il, que je renonce à ta vie et à tes plaisirs, non, non, jamais, jamais!

—Eh bien, dit Alphonse, vais-je enfin savoir quelle résolution tu as prise?

Il fallait que la confidence fût bien embarrassante, car René ne pouvait encore se décider à la faire. Il proposa un temps de galop jusqu'au bois de Boulogne. Arrivé là cependant, il se trouva forcé de s'exécuter; mais il crut nécessaire de préparer son ami.

—Tiens-toi bien en selle, lui dit-il; ne t'évanouis pas et ne tombe pas de cheval. Tu vas entendre quelque chose d'inouï... Je vais me marier.

—Te marier?

—Oui, je suis déjà presque fiancé.

—Et tu prétends me faire croire à la possibilité d'un pareil miracle: l'existence d'une jeune fille assez riche pour payer tes dettes, d'un assez grand nom pour qu'il s'allie au tien, et assez folle pour t'épouser?

—Deux de ces conditions se sont rencontrées, répondit René avec quelque hauteur: quant à la troisième, je compte m'en passer.