Pendant l'hiver qui suivit, les Duriez allèrent beaucoup dans le monde; plusieurs partis se présentèrent pour la jeune fille; elle les refusa tous sans hésiter. Ses parents ne s'en étonnèrent pas: aucun ne répondait précisément à leurs vues ambitieuses.

L'été venu, il fut décidé qu'on voyagerait. En Suisse, à Lucerne, dans les beaux salons de l'Hôtel National, on fit la connaissance d'un prince autrichien, qui parut immédiatement disposé à mettre son cœur, sa couronne et sa fortune (car il était riche) aux pieds de mademoiselle Duriez. Madame Duriez triomphait. Un soir, elle accourut toute rayonnante dans la chambre à coucher de sa fille.

—Ma chérie, lui dit-elle, embrasse-moi. Le prince a demandé ta main.

—Ah! chère maman, fit la jeune fille, je vais t'embrasser pour avoir dit non.

—Comment, non? s'écria madame Duriez abasourdie.

Gabrielle défaisait devant la glace ses beaux cheveux blonds, fins et légers comme de la soie. Elle se mit à rire tout en continuant à se regarder.

—Pourquoi as-tu renvoyé ma femme de chambre allemande? demanda-t-elle à sa mère.

—Parce qu'elle n'avait pas l'ombre de goût; elle travaillait mal et te coiffait en dépit du bon sens. As-tu besoin qu'on t'aide? Je vais t'envoyer la mienne.

—Ce n'est pas cela que je veux dire; mais j'ai oublié tout mon allemand. Quelle langue veux-tu que je parle si je deviens princesse?

—Quelle est cette plaisanterie? dit madame Duriez. Tu parleras français naturellement.