—Tu me le laisseras bien finir, mère? dit Gabrielle, dont le ton suppliant n'obtint de sa mère qu'un solennel:—Nous verrons.

Pour le coup la petite se révolta.

—C'est trop fort! murmura-t-elle. J'ai dix-huit ans maintenant, et je peux bien lire autre chose que des niaiseries!... Je ne connais aucun de nos auteurs; je n'ai ouvert d'histoire que celle de l'abbé je ne sais plus qui... Je sais presque Hernani par cœur, mais c'est grâce à l'une de mes amies, qui l'avait pris chez elle, dans la bibliothèque...

—Tu as lu Hernani! dit madame Duriez, et avec une de tes amies qui se cachait de ses parents!... Tu me feras le plaisir de me nommer cette petite sotte, afin que je puisse empêcher que tu remettes les pieds chez elle.

—Je trouve qu'on élève les filles d'une façon absurde, fut la conclusion que M. Duriez donna à cette petite scène: conclusion qu'il eut soin d'émettre à voix basse, et de couvrir, par surcroît de prudence, avec le bruit d'une allumette qu'il enflamma contre la table.

Madame Duriez éprouva cependant quelque confusion de sa sévérité, surtout lorsqu'elle vit deux larmes qui brillaient dans l'obscurité au bord des longues paupières de sa fille.

—Viens ici, mignonne, lui dit-elle. Tu finiras le Marquis de Villemer, mais il faut auparavant que tu écoutes la belle histoire de soldats qu'Émile allait nous raconter.

Gabrielle se mit à rire; la dernière phrase de sa mère avait été dite en effet comme pour consoler un petit enfant.

—Voyons l'histoire de soldats, fit-elle avec gaieté.

Cependant, Émile était vexé: l'effet qu'il avait compté produire se trouvait gravement compromis par cette longue interruption.