Il s'interrompit avec une exclamation d'ennui en se rappelant tout à coup son cheval.

—Et l'hémorrhagie qui dure peut-être, murmura-t-il avec angoisse.

—Je tiendrai votre cheval, monsieur, s'écria Gabrielle; je le ramènerai...

Il ne répondit pas et paraissait dans un embarras cruel.

—Allez, je vous en supplie, monsieur. Il y va de la vie de cet enfant!

Il lui abandonna les guides; le cheval n'était pas dangereux, mais le comte de Laverdie était avant tout homme du monde. Gabrielle ne songeait guère aux convenances dans ce moment-là. Elle obligea la femme de chambre à se hâter, et elle entra seule dans l'avenue, tenant la double rêne fermement serrée dans sa petite main auprès du mors fumant et tout couvert d'écume.

Soit du reste qu'il se fût un peu calmé, ou que son clairvoyant instinct lui eût, pour ainsi dire, donné quelque intuition de ce qui se passait, l'intelligent animal se laissait conduire par la jeune fille plus docilement encore que par son propre maître; parfois il avançait sa tête fine comme pour demander une caresse; Gabrielle le flattait alors d'un air distrait. Elle était tout éperdue de bonheur et d'inquiétude.

Un homme et un enfant qui la rencontrèrent la suivirent des yeux avec stupéfaction. Heureusement que madame Duriez n'était pas encore rentrée! Un pareil spectacle eût été trop pour elle. Enfin Gabrielle atteignit la grille et un domestique lui prit le cheval des mains.

Elle fit alors quelques pas au devant de René. Elle s'adossa contre un arbre pour l'attendre; mais un quart d'heure au moins s'écoula avant son retour. N'y tenant plus, elle allait se mettre en marche dans la direction du bois ou plutôt du taillis, théâtre de l'accident, quand tout à coup M. de Laverdie parut à l'extrémité de l'avenue. Il portait le petit blessé entre ses bras; la femme de chambre suivait avec l'aîné des deux enfants.

Gabrielle quitta l'arbre sur lequel elle se tenait appuyée et s'avança avec anxiété.