—Ne m'en donneriez-vous pas une aujourd'hui?... de vous-même?... La première, ma tante vous l'avait demandée.
—Elles ne sont plus à moi, dit la jeune fille: je les ai toutes sacrifiées pour les salons, ce soir.
Et elle ajouta précipitamment:
—Et ma marraine est au soleil, là-bas, tandis que je garde son ombrelle!... Suis-je étourdie!
Elle s'en alla presque en courant; les larmes, malgré tous ses efforts, jaillissaient de ses yeux.
René était devenu extrêmement pâle; il resta un moment à la même place, debout, comme pétrifié; puis il rentra dans le bosquet, s'assit et laissa tomber son front dans ses mains. Il réfléchit ainsi pendant quelques minutes, et, très calme, traversa ensuite tout le jardin, où il ne rencontra personne. Il arriva dans la cour de devant; aucun valet ne se trouvant là pour lui donner son cheval, il le détacha lui-même et se mit en selle.
—Mon Dieu, s'écria madame Duriez par une fenêtre, allez-vous jamais nous excuser, monsieur le comte? C'est une horreur de vous laisser partir ainsi! Nous nous conduisons comme des sauvages.
—N'en parlez pas, madame, répondit René en se découvrant. C'est moi qui étais indiscret. Les préparatifs d'une fête, comme les coulisses d'un théâtre, ne sont pas pour les yeux des profanes.
—Indiscret, vous? mais pas du tout, je vous assure. Vous viendrez de bonne heure, ce soir, n'est-ce pas? Je n'ose pas vous prier de rester...
—Je ne le pourrais pas, quoique ce fût un vrai plaisir... J'aurais tâché de me rendre utile. Mais il faut que je m'en aille. Au revoir, madame.