—Allons, dit Alphonse, voilà que tu exagères.
—Je n'exagère pas, je me trompe: ce que j'ai perdu cette nuit ne m'appartenait même pas.
Alphonse tendit la main à son ami.
—Écoute, René, dit-il, ne cherchons pas à nous tromper l'un l'autre. Quitte ce ton d'indifférence ironique, et permets-moi de laisser de côté les paroles de consolation banale, qui me restent dans la gorge et qui m'étranglent. Il n'y a jamais eu de secrets entre nous tant que tu as été heureux. Il ne faut pas qu'un malheur nous sépare. D'ailleurs, il n'y a rien d'irréparable dans ce monde, et, à nous deux, nous trouverons bien quelque moyen de te faire sortir d'embarras.
René serra avec émotion la main qui lui était tendue.
—Tu as raison, fit-il; merci, mon brave Alphonse. C'est vrai que je suis ruiné, complètement ruiné!... Mais c'est ma faute. J'ai été prodigue, imprudent, pire que cela: joueur! Et malgré tous tes conseils! Tu vois que je suis franc avec toi, comme tu me le demandes. Maintenant tu espères découvrir quelque remède pour un si grand mal. Hélas! il n'y en a pas. Ce n'est pas quand les gens sont morts que l'on doit songer à appeler le médecin. Et moi, je suis mort, bien mort!... faute de t'avoir écouté à temps, mon cher docteur.
—Un instant! Je ne suis pas du tout disposé à t'ensevelir encore, et je me refuse formellement à constater le décès.
—Ah! si tu savais le seul moyen qui s'offre à moi de revenir à l'existence, je suis bien sûr que tu préférerais me laisser descendre au tombeau, et littéralement encore, plutôt que de me donner le conseil d'y recourir.
—Moi? Ah! par exemple! Il faudrait pour cela que ton moyen fût contraire à l'honneur, ce qui n'est pas possible, puisque tu y as songé.
René rougit.