—Tu sais, dit-il, nous différons totalement d'opinion à quelques points de vue. L'honneur!... évidemment il n'est pas en jeu... cela est hors de doute. Et cependant... tu as des idées si arrêtées à certains égards!... Enfin, quoi qu'il en soit, j'aime la vie, c'est-à-dire ma vie, celle que j'ai menée jusqu'à présent. Il m'est impossible d'y renoncer. Il m'est impossible de me séparer de ce luxe qui m'entoure, de mes chevaux, de mes objets d'art... Non, si je devais tout vendre et vivre ensuite en pauvre hère, je me ferais plutôt sauter la cervelle! Et j'avoue à ma grande honte que le second de ces deux partis, bien qu'il me semble le meilleur, ne me sourit encore que très médiocrement.
—Où diable veux-tu en venir? demanda Alphonse avec quelque inquiétude. Quelle résolution as-tu donc prise? Si elle doit te faire vivre heureux, n'est-il pas certain que j'y applaudirai de grand cœur?
—Ah! voici ce dont je ne suis pas aussi sûr que tu parais l'être, reprit René. Mais nous ne pouvons continuer à causer ici. J'étouffe, moi; j'ai besoin d'air après la nuit que j'ai passée dans ce maudit cercle. Tiens, tu vas entendre un serment qui te fera plaisir: Je te jure que, quoi qu'il arrive, je ne jouerai plus de ma vie! Je hais le jeu! Je l'ai toujours eu en horreur; ce qui fait que je me méprise d'autant plus pour la lâcheté avec laquelle j'y ai eu dernièrement recours.
—Bien, dit Alphonse. Dans ce cas, réjouissons-nous de la mauvaise chance qui t'a poursuivi. Les sommes que les cartes t'ont fait perdre n'auraient pas été suffisantes pour relever ta fortune, quand même tu les aurais doublées, et le serment que tu viens de prononcer là te rapportera davantage.
—Sortons, dit René. Allons faire un tour de Bois, veux-tu? Je serai habillé dans un quart d'heure.
—Je suis venu à pied, observa Alphonse.
—Tu prendras un de mes chevaux. Hélas! pauvres bêtes! pourrai-je encore les prêter souvent?
—Courage, voyons. Et ton beau projet de tout à l'heure!
—Ah! oui, je t'en parlerai dehors. Va dans le fumoir, tu y seras mieux pour m'attendre et tu y trouveras les journaux du matin. Je serai prêt dans le temps qu'il faudra pour seller les chevaux.
Tout en parlant, René tirait le cordon de la sonnette.