—Chère petite, dit la vieille dame, je vous amène un coupable, mais un coupable écloppé et repentant: il avait une entorse et ne l'a plus sentie quand il a vu remuer vos petits pieds. J'intercède pour que vous lui accordiez un quadrille.

—Oh! balbutia la jeune fille, comme je suis fâchée!... Vous vous êtes fait très mal? Mon Dieu, mais je n'ai plus de quadrilles, je crois. Elle ne savait pas trop que faire. Elle se demandait en même temps si la blessure de René était réelle, et quel serait le chagrin de sa marraine au cas où elle refuserait de danser avec lui; elle souffrait encore cruellement de sa propre dureté de l'après-midi.

—Je ne peux pas le prochain, dit-elle, mais je crois que le suivant... oui, le suivant.

—Très bien, c'est convenu, répondit madame de Saint-Villiers, qui voyait son neveu devenir plus blême encore et qui se hâta de l'entraîner vers un sofa.—Mettez-vous là, lui dit-elle, vous ne paraissez vraiment pas à votre aise. C'est encore la faute d'une de vos vilaines bêtes; je vous ai souvent dit que vous montiez des chevaux trop vifs.

Ce n'était pas une douleur physique qui altérait ainsi le visage de René; ses souffrances morales mêmes, s'il en avait, étaient alors dominées par une colère farouche.—Je danserai le prochain quadrille, se dit-il. Pourtant, au lieu de chercher laquelle il inviterait de toutes les charmantes danseuses que ses yeux pouvaient apercevoir, il suivait du regard avec obstination l'uniforme éclatant d'Ernest Arnauld, qui semblait apparaître à la fois dans toutes les parties du bal, tant se montrait infatigable l'entrain du jeune officier.

Tout près du comte se trouvait assise une jeune femme qui se donnait beaucoup de peine pour attirer l'attention de celui-ci en riant et en causant très haut. La joie de cette dame fut au comble lorsqu'au premier coup d'archet M. de Laverdie vint lui demander de l'accepter pour cavalier: René pourtant eût été bien embarrassé s'il lui eût fallu dire dans quelle langue elle avait parlé. Comme il tâchait de découvrir une place libre à travers les salons encombrés, madame Duriez l'aborda.

—Je cherche quelques couples de bonne volonté, dit-elle, pour former un quadrille sur la terrasse; je suis persuadée qu'on y sera très bien. Ne pourriez-vous organiser cela, monsieur le comte?

—Volontiers, madame, dit René, qui dissimulait mal une légère grimace chaque fois que l'excellente personne lui rappelait ainsi son titre.

Il eut bientôt réuni trois autres jeunes couples, qui se déclarèrent ravis de danser au grand air. Au milieu de la chaîne anglaise, ils furent troublés par l'arrivée du capitaine Arnauld, que madame Duriez avait présenté, fort contre son gré, du reste, à une jeune personne timide et ne sachant pas valser; il avait sollicité de cette demoiselle l'honneur d'un quadrille et l'amenait pour prendre part à celui de la terrasse.

—Nous sommes assez nombreux, monsieur, lui dit René d'un ton fort sec.