Il était si agité qu'il parvenait avec peine à former des phrases régulières et s'arrêtait à chaque instant.

—... Vous m'en avez empêché... C'était pourtant conforme à l'honneur... selon vous... Vous pouvez encore choisir... Je l'aimerais mieux, je vous assure... Gabrielle m'oubliera vite. Elle ne me méprisera plus lorsque mon sang aura coulé.

La marquise revint sur ses pas et prit les mains de son neveu, non plus dure et hautaine, mais les yeux pleins de larmes.

—Que dites-vous, mon pauvre enfant? Moi, désirer, ordonner votre mort? Mon Dieu!... Il est vrai que je mérite de semblables paroles, j'ai été bien cruelle!.. Mais savez-vous quel coup vous me portez? Je n'aimais que vous au monde, vous et Gabrielle. Je rêvais de l'élever jusqu'à vous, et c'est vous qui descendez jusqu'à elle... Et je vous perds ainsi tous les deux!... Le nom de nos aïeux, René, toute notre race, y avez-vous bien songé?

Le jeune homme se taisait, car c'était cet orgueil de race qu'il se proposait de sacrifier.

—Je suis pauvre, dit-il enfin, il faut que je travaille; et je ne veux pas garder les armes d'un croisé en prenant la plume d'un commis.

Madame de Saint-Villiers lâcha, ou plutôt repoussa les mains de René qu'elle tenait encore, avec un mouvement indigné.

—Votre père vous eût maudit! s'écria-t-elle. Moi, je n'en ai pas le courage. Adieu, soyez heureux si vous le pouvez, mais ne reparaissez jamais en ma présence! Elle sortit. René se laissa tomber sur un siège, le front dans ses mains, en proie à une émotion violente.

—Si je me trompais!... Si je me trompais!... murmura-t-il à plusieurs reprises. De grosses gouttes d'une sueur glacée perlaient lentement sur son front.

Peu à peu cependant, il devint plus tranquille. Il releva la tête. Ce n'était plus la physionomie dédaigneuse, spirituelle, un peu molle d'autrefois: c'était un visage nouveau, exprimant une ardeur virile; de rudes combats, des résolutions énergiques l'avaient transformé ainsi.