—«Madame de Valcor a-t-elle le droit de vous chasser, ma mère?»
Ce fut sincèrement qu’elle répondit:
—«Je donnerais ma vie pour le savoir!»
Elle doutait de nouveau. Elle ne se croyait pas vaincue. Après avoir défendu si longtemps, dans le secret de son âme, l’unique amour de sa vie contre un oubli qu’elle n’admettait pas, contre un silence qui ressemblait trop à celui de la tombe, contre un parjure dont elle persistait à croire incapables les lèvres qui s’attachaient jadis éperdument aux siennes, c’était maintenant l’amour et le bonheur de son fils qu’elle devait sauver du plus sombre piège. Elle l’avait entrevu, ce piège. Jusqu’à présent, il lui avait suffi de n’y pas tomber. Mais aujourd’hui les circonstances la forçaient à le démasquer aux yeux de tous.
Gaétane de Ferneuse se sentit à hauteur de cette tâche.
Elle avait trop aimé Renaud, elle aimait trop son fils, pour ne pas entreprendre de lutter contre l’imposture qu’elle soupçonnait.
Un moment troublée par l’intervention inexplicable de Laurence, la comtesse bientôt s’était reprise. Cette nouvelle complication, si déconcertante, ne pouvait cependant prévaloir contre des années d’observation attentive, ni contre l’intuition de femme et d’amante qui empêchait Gaétane de reconnaître, dans le père de Micheline, l’amant adoré d’autrefois.
Le cœur d’un homme change-t-il à ce point? Même dans l’éloignement, les aventures, les périls, les blessures lentes à guérir, la brutalité des climats et des êtres? Ou n’était-ce pas le même homme?...
La secrète certitude ne suffisait plus. Il fallait une preuve?
Et cette certitude même, sous quel choc n’oscilla-t-elle pas de nouveau quand Mme de Ferneuse reçut le billet où, pour la première fois depuis de longues années d’un invraisemblable silence, Renaud de Valcor évoquait le passé. Le détail précis de la grotte bouleversa Gaétane. Pas un être au monde n’avait surpris ce rendez-vous des amants de jadis.