—Oui, si tu me persuades que ton bonheur en dépend.
—Alors, quel obstacle l’empêcherait? Il n’y a pas d’obstacle contre votre volonté.»
L’orgueil jaillit des yeux de Valcor. La diplomatie filiale n’aurait pu trouver plus magique parole. Mais nulle diplomatie dans Micheline. Elle avait dit ce qu’elle pensait. Pourtant il eut un retour vers quelque idée secrète, et il hocha la tête. Cette incertitude, jamais vue en lui, troubla sa fille. Elle balbutia:
—«Mais ... supposons le pire. Vous n’auriez qu’à laisser faire. Dans trois ans, je serai majeure. Et puisque Hervé est résolu ...
—Telle conjoncture peut se produire qui briserait sa résolution.
—Pardonnez-moi si je vous contredis, père. Rien ne me fera douter de mon fiancé.»
Il murmura, la regardant au fond des yeux:
—«Cependant ... un scrupule de conscience ...»
Micheline chancela presque. Une terreur la saisit. La conscience!... Ceci dominait tout chez le jeune comte de Ferneuse. Elle se rappela l’air ascétique, l’ardeur sombre, qu’il avait en parlant de retraite au fond d’un cloître, s’il ne pouvait pas être à elle, qu’il aimait. Lui aussi prévoyait un obstacle d’ordre moral, inéluctable. Un atroce effroi tordit le cœur de la vaillante fille.
—«O mon père, vous m’épouvantez! Si l’espoir, si la foi en lui, en vous, ne me soutiennent pas, la force me manquera pour attendre l’avenir. J’aurai toute la patience qu’il faudra, mais pas dans l’incertitude. Aidez-moi, père, ou je vous assure que vous pleurerez bientôt votre Micheline.