—«Je prenais pour une simple inclination, et non pour de l’amour, le goût de ces deux jeunes êtres l’un pour l’autre. Chaque jour, d’ailleurs, j’attendais de vous voir mettre obstacle à leur penchant. J’en conviens, il ne me déplaisait pas que vous eussiez enfin une occasion si grave de vous trahir ...»

Gaétane s’arrêta. Ce qu’elle voulait exprimer coûtait à sa pudeur et à son orgueil, surtout dans la glaciale étreinte de son doute. Mais cela s’imposait, tactique inévitable. Aussi poursuivit-elle, tandis qu’une flamme de pourpre courait sur sa pâleur:

—«Votre silence me semblait trop lourd. Était-il possible d’anéantir avec une volonté plus écrasante, notre rêve d’autrefois? Le mot, le cri, que ma fierté se refusait à solliciter de votre part, j’espérais qu’un péril si décisif pour de chers innocents vous le ferait enfin jeter.

—Vous m’aimiez donc toujours?... Oh! Gaétane!...»

Elle leva la main pour arrêter son élan.

—«Parlons d’eux, non pas de nous.»

Geste et parole d’une si froide dignité, que Renaud recula, interdit. D’ailleurs, les yeux sur ses yeux, avec une fixité pénétrante, Mme de Ferneuse ajoutait:

—«Comment vous aurais-je encore aimé?... Sous vos traits impénétrables, je ne reconnaissais pas celui qui fut jadis tout pour moi.»

Quelques secondes suivirent, tragiquement muettes. Tous deux se regardaient, aussi pâles et étreints l’un que l’autre, tandis que vibrait encore dans l’air doux la phrase,—moins étrange qu’étrangement prononcée,—de Gaétane.

A la fin, une dure vapeur sembla voiler le visage du marquis. Ses traits se fixèrent dans une expression plus proche, cette fois, de la haine que de la tendresse voluptueuse. Ses yeux s’assombrirent. Il dit: