—«Ainsi, parce que vous supportiez mal un respect absolu,—respect que, cependant, vous m’aviez imposé,—vous risquiez au jeu d’une orgueilleuse coquetterie ce bonheur de deux innocents, dont vous me rendez aujourd’hui responsable. Gardez donc pour vous-même, j’ose vous le dire, les reproches que vous trouviez bon de m’adresser. Je n’ai pas à les recevoir de ma conscience, ni—ce qui me serait infiniment plus dur—de vous, qui restez la maîtresse adorée de mon cœur. Sachez que nul lien du sang n’existe entre Micheline et Hervé.»

La stupeur rendit Mme de Ferneuse immobile. Grands dieux! Qu’allait-il donc révéler?

Renaud, laissant tomber sa voix, où s’éteignit l’âpre chaleur, continua, lentement, avec un sourd effort:

—«Je vais vous confier un secret délicat et sacré. Il m’en coûte. Non pas que je n’aie une confiance absolue en vous, Gaétane. Mais parce que cette révélation va peut-être vous rendre moins souhaitable le mariage de deux enfants qui s’aiment ... qui s’aiment comme nous nous sommes aimés.»

Elle se taisait, haletante, suspendue aux paroles qu’il prononçait avec une irritante circonspection.

—«Connaissez-vous,» reprit-il, «une famille de pêcheurs, près du Conquet, les Gaël?

—Tout le monde les connaît le long de la côte,» répondit la comtesse. «Mais j’ai plus entendu parler de ces gens-là que je ne les ai vus.

—Vous n’avez jamais rencontré Bertrande, la petite-fille?

—Quelquefois ... Il y a longtemps. Ne s’est-elle pas faite religieuse?»

Renaud, sans répondre, demanda: