—Et Laurence?
—Laurence l’ignore.
—Elle croit que Micheline est sa fille?
—Elle le croit.
—Comment est-ce possible?
—Je vais vous le dire. Mais, avant tout, sachez ceci: bien que Micheline ne soit pas, de par la nature, l’enfant de la marquise et la mienne, elle l’est de par son état civil, elle l’est de par la conviction de Laurence, elle l’est de par mon amour paternel, aussi profond, aussi exclusif, aussi orgueilleusement tendre que si elle tenait de moi la vie. Je vais vous apprendre, Gaétane, un mystère que je n’aurais jamais cru divulguer à personne. Je vous demande le serment le plus solennel de le garder dans le tré-fonds de votre âme, pour vous seule, et d’agir ensuite comme si ce mystère n’existait pas. Sauf en ce qui concerne la non-parenté de Micheline avec Hervé, je ne supporterai que nul au monde, pas même vous qui saurez, traitiez, fût-ce en pensée, ma fille,» (il appuya sur le mot), «autrement que comme une Valcor.»
Renaud mit toute sa force impérieuse dans ces dernières paroles. Il les souligna si ardemment que Gaétane en fut remuée.
Des sentiments sincères surgissaient chez cet homme, sous la mise en scène apprêtée, voulue. Le mystère qu’il prétendait livrer, ou bien était faux, ou bien tenait à d’autres mystères qu’il ne livrerait pas.
Mme de Ferneuse le regardait avec épouvante, mais, dans cette épouvante, s’insinuait une tragique fascination. Comment échapperait-elle au réseau d’illusions dont ce jongleur de génie voudrait l’envelopper? Ce vouloir, elle le sentait formidable. Non moins formidable que la prodigieuse audace et la prodigieuse intelligence. Ah! si elle n’avait pas en elle le souvenir et l’avenir, son amour dans le passé, le bonheur de son fils dans le futur!... Mais avec ces deux talismans, peut-être ne risquait-elle pas la terrible partie dans des conditions trop inégales. La vérité!... Sous les captieux mensonges, elle découvrirait la vérité!
Maintenant, dans le recueillement le plus attentif, avec une patience qui ne se démentait plus, fût-ce par une exclamation, elle écoutait le récit de Renaud.