Micheline était là, et sa cousine Françoise, et le prince Gilbert. Ce trio eût suffi à faire vibrer l’air d’inquiétude et d’amour, même si les autres manieurs de raquette n’avaient pas eu, eux aussi, de la coquetterie, de la passion, du dépit ou de l’espoir, dans l’animation de leurs gestes.

Mlle de Valcor remplissait avec grâce son devoir de jeune maîtresse de maison. Mais son âme n’accompagnait pas l’élan de son corps souple, suspendue encore tout entière à cette roche ourlée de soleil, au tournant de laquelle avait disparu hier,—et pour combien de temps!—la silhouette de cet Hervé, qu’elle aimait. Aussi, le moment arriva où le jeu lui devint trop pénible à suivre. L’ayant mis en train, et voyant que ses amis s’amusaient avec la fougue du sang et de la vanité, ivres de bondir et de plaire, Micheline céda sa raquette et se glissa entre les arbres.

Elle avait parcouru deux cents mètres, et tournait dans un labyrinthe de charmilles, où mourait l’écho des rires, et où elle goûterait l’illusion d’une solitude absolue, lorsqu’elle entendit un pas précipité, puis une voix, derrière elle:

—«Mademoiselle Micheline!»

Se tournant, elle eut un sursaut, se redressa, l’expression mécontente et offensée.

—«Comment, prince?

—Permettez-moi de vous parler.

—Non, monsieur.

—Je vous en prie!...

—Retournez immédiatement au tennis. Personne ne doit s’apercevoir que vous avez osé me suivre, ni soupçonner que j’y consente.