—On ne m’a pas vu quitter le jeu, mademoiselle Micheline. Je me tenais à l’écart, guettant votre fuite prévue. Vous aviez l’air tellement distraite!

—Mes distractions ne vous concernaient en rien, monsieur. Je ne puis admettre votre façon de me parler.»

Gairlance lut, sur le visage hautain et charmant, une condamnation qui dépassait la faute actuelle. Du reste, la franchise de Micheline éclata aussitôt. Elle interrompit les excuses et les explications qu’il tentait de présenter.

—«Prince Gilbert, il ne doit pas y avoir de malentendu entre nous. Vous me faites la cour. A votre façon, d’ailleurs. Une façon trop cavalière pour moi. Durant le cotillon, avant-hier soir, vous avez risqué des phrases qu’il ne m’a pas convenu d’entendre. Mais mon silence ne vous suffit pas. Je m’explique donc. Vos intentions—que je ménagerais peut-être davantage si elles étaient plus discrètes—ne sauraient être agréées ni par moi, ni par mes parents. Je ne serai jamais votre femme.»

Gilbert garda le silence et devint très pâle. Son audace fringante, brusquement, tombait. Il ne s’attendait à rien de si décourageant, de si net.

Cette stupeur d’une souffrance réelle, qui le désarmait, apitoya légèrement Mlle de Valcor. Elle ajouta, presque avec douceur:

—«Nous resterons amis, prince. Retournez au tennis. Et n’essayez plus jamais de me parler en particulier.

—Mademoiselle,» s’écria-t-il, la voix rauque d’émotion, «ne me signifiez pas en une minute une sentence définitive.

—Une minute!» s’exclama-t-elle, impatiente et cabrée de nouveau. «C’est beaucoup trop! Ne restez pas une seconde de plus seul avec moi contre mon gré, monsieur ...

—Laissez-moi seulement vous dire,» insista-t-il avec précipitation, «que je n’aurais pas abordé une question aussi grave, si vous aviez daigné m’entendre.»