Son obstination fit jaillir un éclair des yeux ardemment sombres de Micheline. Elle trouvait ceci intolérable,—moins par une préoccupation positive des commentaires qui, peut-être, s’ébauchaient là-bas, dans les cervelles malicieuses des joueurs de tennis, que par une farouche réserve de son cœur passionnément pris. Des paroles d’amour, qui ne seraient pas d’Hervé, et qu’Hervé ne pouvait lui dire! Tout son être s’insurgeait dans une pudeur et une douleur.
Elle allait tourner le dos et s’éloigner de celui qui désobéissait si incorrectement à son ordre formel, quand, soudain elle se ravisa et resta.
Françoise de Plesguen apparaissait à l’angle de la charmille. Mlle de Valcor ne pouvait, à son aspect, s’échapper comme une coupable. Pas davantage ne pouvait-elle, même d’un mot à voix basse, que sa dignité retint, prévenir l’imprudent Gilbert.
Or, celui-ci, voyant s’interrompre son mouvement de retraite, et croyant avoir trouvé l’argument qui la touchait, s’écria, les mains jointes:
—«Si vous connaissiez la violence de mon amour, vous craindriez de le bafouer par le dédain. Si je dois me résigner, au moins donnez-m’en la force. Accordez-moi ...»
L’expression que prenait le visage de Micheline, la sensation d’une présence derrière lui, suspendirent la phrase. Gairlance fit volte-face, et resta saisi devant Mlle de Plesguen.
Le fin et blond visage de celle-ci brûlait de rouge aux pommettes, sous le scintillement des yeux clairs.
—«Je viens vous prévenir ...» dit Françoise. «On vous voit à travers les branches. Ne prenez pas vos rendez-vous si près du tennis.»
Elle tremblait. Ses lèvres, qui n’osaient préciser davantage, insinuèrent toutes les impertinences dans les syllabes du mot «rendez-vous.»