Gilbert essaya de badiner.

—«Vous êtes donc méchante, mademoiselle Françoise?»

Mais Micheline venait de comprendre. Elle mit autant de générosité que de finesse défensive en interprétant:

—«Pas plus méchante que vous, prince.» Et elle souriait, du haut de sa pensée tellement détachée, tellement ailleurs! «Vous me tourmentiez un peu, vous me menaciez presque, il y a un instant. Les sentiments trop vifs ont de ces tyrannies.»

Se détournant alors, Micheline partit avec une dignité tranquille. Sa présence d’esprit devait apprendre à sa cousine qu’elle n’acceptait pas les hommages de Gilbert, tout en éclairant celui-ci sur un amour qu’il ne devinait pas. Elle les laissa donc ensemble, souhaitant sincèrement que la pauvre Françoise profitât de cet instant unique. Pour qu’on ne les devinât pas seuls, elle se garda bien de rejoindre les joueurs de tennis.

Mlle de Plesguen demeura près du prince de Villingen, interdite et rose d’embarras, contente au fond. Mais il regarda cette gentille silhouette, toute frémissante, avec seulement un peu d’hostilité pour son intervention. Il n’avait de désir que pour l’autre, qui s’éloignait. Et une frénésie accroissait son désir: la convoitise de ce magnifique domaine et de tout l’or que la fille du marquis représentait.

—«Vous m’excuserez, mademoiselle Françoise ...» commença-t-il avec le geste machinal de tirer sa montre.

—«Attendez!...» murmura-t-elle, perdant la tête, «Ne me quittez pas ainsi!»

Les sourcils froncés d’impatience, il demanda froidement:

—«Vous avez quelque chose à me dire?