—En tout cas, elle n’aurait ni le nom ni cet admirable domaine,» appuya Gairlance. «Et que serait-elle? Fille d’un misérable, d’un condamné sûrement, d’un forçat sans doute ... Que demeurerait-il de sa fierté?»

Une rancune d’amoureux éconduit sonna durement dans la voix, si moelleuse d’habitude, et qui se fit rauque. Gilbert ajouta:

—«Vos preuves?

—J’en ai trois,» dit Escaldas. «Elles suffisent pour une dénonciation au Parquet.

—Après plus de vingt ans!» s’exclama le prince, en hochant la tête.

—«Il n’y a pas prescription pour un crime pareil. A supposer que l’homme échappe à la poursuite pour assassinat,—l’escroquerie, le faux état civil, la substitution de personne, continuant chaque jour avec tous leurs effets, tombent sous le coup de la loi. Et les héritiers lésés n’ont pas de limite de temps pour faire valoir leurs droits.

—Parbleu, je m’en doute bien. Mais, après tant d’années, durant lesquelles un homme a été pris pour un autre, il faut des indices rudement solides pour établir judiciairement les faits. Pensez à tous les témoins qui se lèveront en sa faveur. Tous ces cerveaux dans lesquels ne s’est jamais glissée l’ombre d’un soupçon! Tous ces yeux habitués, suggestionnés! Toute cette population accoutumée à sa personne autant qu’à ses bienfaits!

—Laissez donc, prince. Ils se transformeront en loups pour le dévorer, ce grand seigneur, si on le leur jette, nu et avili, en pâture.

—Mais Marc de Plesguen? Tout dépend de lui. Nul n’a qualité, hors lui, pour se porter partie civile. L’avez-vous sondé?