Le Bolivien eut un rire silencieux.

—«Voilà. Les Chiquitos et les Quichuas ont une sorte d’écriture. Elle consiste en des nœuds différemment disposés le long de cordelettes: c’est leur agenda, leur bibliothèque, ces cordelettes à nœuds, appelées quipos. Eh bien, Valcor porterait sur le bras le signe qu’un Indien formerait avec un quipo ou une liane pour exprimer un baiser.

—Alors,» s’écria Gilbert, «votre système s’effondre. Le tatouage n’est pas quelque marque inscrite, en France, sur le bras d’un rustre assez malin pour jouer ensuite les marquis à s’y méprendre. Ce sont des emblèmes empruntés aux sauvages et adoptés par un aventurier de haute race, dans un caprice romanesque. Un oiseau, la lune sur une flèche, une liane parlante ... Souvenirs de forêt vierge, qui ne sauraient déceler une origine européenne et populaire.

—Pas du tout!» répliqua vivement Escaldas. «Je vous donne les indications de Vamahiré. Je ne vous dis pas qu’elles soient exactes. Elle désignait, par des images à elle familières, d’autres images n’ayant peut-être avec celles-ci que des analogies lointaines. Des signes examinés par elle dans un court instant plein d’épouvante, et remémorés quinze ans après. Songez donc!»

Le Bolivien s’arrêta. Gilbert et lui n’avaient pas cessé de marcher depuis le commencement de leur entretien. Ils se trouvaient à l’une des extrémités du domaine de Valcor, sur un chemin sableux, entre un bois et une prairie où paissaient des vaches.

A leurs pieds, sur la poussière blanche, Escaldas se mit à tracer, du bout de sa canne, un dessin bizarre.

—«Voilà ce que je reconstitue,» dit-il.

Puis, il ajouta:

—«Vous-même, tout à l’heure, vous songiez à une hirondelle? Ce n’est pas un oiseau des forêts d’Amérique, l’hirondelle. C’est pourtant celui que j’ai représenté à Vamahiré. Elle l’a reconnu. Ce que je dessine là, je l’ai trouvé devant elle, d’après sa description. Elle en a crié d’étonnement.»

Gilbert se pencha.