Elle ne répondit rien et prit son bras.
Tous deux s’éloignèrent.
Couple d’une grâce touchante et haute, cette mère, ce fils, beaux tous deux, lui d’une jeunesse si fraîchement virile, elle d’une si noble féminité, intacts quand même sous l’outrage, et d’une telle confiance l’un dans l’autre.
Leurs deux silhouettes s’effacèrent, à quelque distance, dans les ténèbres.
—«Mon Dieu!... C’est atroce!...» murmura M. de Plesguen, en se levant.
Parlait-il de l’injurieuse expulsion, du supplice de cette femme, à qui, malgré tout, son fils demanderait d’étranges comptes? du brutal écrasement de l’amour au cœur de deux enfants irresponsables? ou de l’oppressant mystère qui enveloppait tout cela? Lui-même ne démêlait pas ses sentiments, secoué jusqu’au fond de sa nature timide, bienveillante, affectueuse, par le souffle équivoque et violent de ce conflit passionné.
—«Monsieur de Valcor-Plesguen,» dit une voix pleine de signification secrète.
Marc se retourna, glacial.
—«Non, monsieur Escaldas, épargnez-moi vos commentaires. C’est bien assez qu’un étranger à notre famille ait assisté à ce triste incident de son histoire intime. Elle n’en saurait, je le crains, tirer beaucoup d’honneur. Il me serait pénible d’en parler.
—Comment!» ricana l’autre, «c’est ainsi que vous le prenez avec moi?... A votre aise, monsieur. Je ne vous en garderai pas rancune. Je sais si bien qu’avec un mot je pourrais vous faire dresser l’oreille. Vous auriez tant de raisons pour me supplier de parler, que cela me semble tout à fait plaisant de vous obéir quand vous m’enjoignez de me taire.