Gaétane les reçut, en effet, dans une lettre. Dès qu’elle en eut pris connaissance, elle envoya chercher son fils.
Le laboratoire du jeune comte de Ferneuse occupait un pavillon spécial, assez distant de l’habitation. Des nécessités d’aménagement, la présence de substances dangereuses, l’isolement nécessaire aux expériences, commandaient cette retraite.
Lorsqu’un domestique vint le prévenir que Mme la comtesse demandait à lui parler, Hervé donna quelques indications à son préparateur, un garçon du pays, dévoré du désir de s’instruire et trop pauvre pour faire des études. Puis le jeune savant lava ses doigts maculés d’acides, échangea contre un veston sa blouse de travail, et se rendit à la maison.
Le cœur lui battait quand il pénétra dans la petite pièce intime, au premier étage, où sa mère aimait à se tenir: un boudoir Louis XVI, malgré le style moyen âge de la profonde croisée, dont on n’avait pas changé l’architecture. Sur les tables, sur la cheminée, aux murs, dans des cadres de toute dimension, des portraits de lui, à tous les âges. Plusieurs, au pastel ou à l’aquarelle, étaient l’œuvre de sa mère. L’art avait charmé de ses joies fines la noble femme qui se trouvait là.
Hervé la vit assise au fond d’une bergère, dans l’embrasure si vaste que c’était comme une cellule plus retirée prolongeant la paisible chambre. Ce coin de prédilection contenait, outre la bergère, une banquette garnie de coussins, une petite table en marqueterie, ornée de cuivres aux ciselures délicates, et portant quelques très précieux et uniques bibelots. La fenêtre au triple vitrail, en partie ouverte, encadrait une perspective de libre espace et de vivantes verdures. Et celle qui songeait là, en attendant son fils, avait l’âme et la beauté en harmonie avec ces choses.
—«Mère ...» dit Hervé, ému, en lui baisant la main.
Il s’assit sur la banquette, tout proche d’elle.
Immédiatement, il remarqua un papier qu’elle avait sur les genoux. Ses yeux s’élargirent, s’y fixèrent.
—«Lis,» dit-elle, en le lui tendant.
Gaétane le vit qui souriait, tandis que son regard courait d’une ligne à l’autre. Elle, au contraire, s’assombrit et soupira. L’illusion de son enfant ... Pourquoi lui fallait-il la détruire?