—«Oh! alors, pourquoi dis-tu «hélas»? Tu ne peux rien m’apprendre qui me donne plus de confiance et plus d’espoir. S’il y a un obstacle et que je puisse le renverser ... c’est comme s’il n’existait pas.»
Elle le contemplait, ravie de son ardeur, de sa force juvénile. Mais un mensonge, une légende quelconque, serait-ce le ressort suffisant pour mettre en jeu de telles énergies? Une impulsion de vérité plus forte que sa pudeur maternelle faisait éclater son cœur en elle-même, l’ouvrait à cet enfant loyal. Cependant, elle s’en défendait.
—«Mère, mère, parle ...» suppliait-il. «Quel secret terrible me caches-tu donc? Pourquoi me regardes-tu ainsi?
—Hervé, mon cher enfant ...» Elle s’arrêta, tellement étranglée d’angoisse qu’il ne reconnaissait plus sa voix quand elle reprit: «Écoute-moi bien. Le secret que tu me demandes, je n’en détiens pas le dernier mot. La marquise Laurence l’ignore plus encore que moi-même. Son acte insensé de l’autre soir, qu’elle met sur le compte de sa maladie nerveuse, a surgi de je ne sais quelle redoutable lumière entrevue. Mais quelqu’un, et quelqu’un qui sait, a dû se jouer d’elle comme de moi. Sans doute on lui a donné une explication, qu’elle ne peut me communiquer, tandis qu’on m’en donnait une autre, dont je ne saurais m’ouvrir à elle ...
—Une explication?... Qui vous a donné une explication, mère?
—Le marquis de Valcor.
—Et cette explication ne vous suffit pas? Le marquis est homme d’honneur.
—Le marquis serait un homme d’honneur, s’il vivait.
—Que dites-vous?
—Que le père de Micheline n’est peut-être pas Renaud, marquis de Valcor.