—Et qui serait-il?» demanda Hervé, abasourdi à un tel point qu’il ne s’étonnait même pas encore.

—«Un inconnu,» prononça Gaétane, dont l’accent fit passer aux veines de son fils un frisson de mystère et d’effroi, «Tu m’entends?» reprit-elle, et ses yeux transparents exprimaient la même horreur qui glaçait maintenant le jeune homme. «Un inconnu ... un être dont nous ne savons rien, sinon qu’il est là, dans la vie, dans la puissance et la richesse, dans la lumière du ciel, sous l’apparence d’un autre ... Et cet autre ...»

Sa voix se brisa. Ses yeux se fermèrent. Un tremblement l’agita.

—«Maman, revenez à vous. Achevez. Vous me mettez en face d’un abîme ... Vos paroles m’épouvantent ...»

Elle rassembla toute sa force.

—«Mais, j’y suis plongée, moi aussi, dans l’épouvante. Tu ne peux pas épouser la fille de cet homme, avant que je sache ...»

Hervé eut un léger haut-le-corps. Un certain sang-froid reparut sur ses traits.

—«Mère! vous me jetez dans un bien sombre cauchemar. J’en sais trop peu pour rien présumer sur le fond ou sur l’opportunité d’une telle confidence. Mais soyez certaine de ceci: quel que soit le père de Micheline, fût-ce un bandit, dût-il être dépouillé honteusement de tout ce qu’il détient, titre, fortune, honneur, cela ne changera rien à mon amour, rien à ma résolution d’épouser celle qui est ma fiancée devant Dieu.»

Mme de Ferneuse garda le silence. Hervé crut comprendre le regard angoissé qu’elle fixait sur lui.

—«Vous m’objecterez l’hérédité,» reprit-il vivement. «Cette science-là est aussi incertaine que les autres. Nous prenons pour des lois ses manifestations apparentes, pleines d’imprévu, de contradictions. Micheline est une créature d’élite, quel que soit le sang qui coule dans ses veines. L’atavisme, qui nous donne parfois l’âme d’un aïeul lointain, nous garantit contre les hasards de l’immédiate hérédité.»