Un pâle et tendre sourire détendit les lèvres de Gaétane.

—«Ah! mère,» dit Hervé plus doucement, vous songez: «Il aime et n’admettra jamais rien qui diminuerait celle qu’il aime.» «Eh bien! vous avez raison. J’aime Micheline. Les plus effroyables révélations ne me sépareront pas d’elle, ne me feront pas douter qu’elle ne soit digne d’être adorée comme je l’adore.»

—«Les plus effroyables révélations,» répéta la comtesse, «Plût au ciel que mes soupçons fussent assez fondés pour prendre une telle forme. Si je pouvais te déclarer à coup sûr que Micheline n’est pas la fille du véritable marquis de Valcor, je ne t’imposerais aucune épreuve avant de consentir à ton mariage.»

L’agitation d’Hervé tomba sous ces paroles. Une ombre de dureté voila ce visage que Gaétane avait toujours vu si affectueux et si ouvert.

—«Je comprends moins que jamais,» reprit-il—et l’amertume de sa voix s’accordait avec le changement de sa physionomie.—«Vous me parlez par énigmes, ma mère. Sans doute avez-vous vos raisons. Vous m’aimez trop pour me torturer sans but et sans cause.»

Elle se dressa, devenue couleur de cendre, soulevée comme dans la secousse d’un sanglot.

Il fit un geste, pour la prier de l’écouter jusqu’au bout, et poursuivit:

—«Mais j’ai saisi un mot bien clair. Vous m’avez parlé d’une épreuve que vous m’imposeriez, d’une condition à mon mariage avec Micheline. Pour toutes les épreuves, je suis prêt. Daignez m’indiquer nettement ce que vous attendez de moi.»

Mme de Ferneuse demeura un moment dans une perplexité indicible. Son fils doutait, son fils souffrait ... Son fils se retirait d’elle. Comment le rappeler et l’apaiser? La vérité ne vaudrait-elle pas mieux que le silence? Si elle lui apprenait tout ... Tout?... Mais quoi? grand Dieu!... Sa faute à elle-même n’était pas le plus terrible à dévoiler devant cette jeune âme. Fallait-il donc lui dire: «Celle dont tu veux faire ta femme est peut-être ta sœur, ou bien elle est la fille de l’homme qui a supprimé ton véritable père, qui, sans doute, l’a tué de sa main.» Alternative atroce! Non, cette mère ne pouvait pas en déchirer son fils. Elle lui dit:

—«Voici ce que je te demande de faire. Tu comprendras plus tard. Sache seulement aujourd’hui que notre avenir,—le tien comme le mien, celui de ton amour, et aussi celui de mon cœur, qui n’espère plus que l’apaisement,—dépend du succès de ce que tu vas entreprendre.