—«Demain, monsieur, vous saurez de moi ce que je n’ai, du reste, point à vous apprendre. Ce soir, je n’oublierai pas que je suis maîtresse de maison et que je me dois à nos invités.»

Puis, comme elle apercevait leur fille:

—«Micheline,» avait murmuré cette femme, bouleversée par un étrange désespoir, «aie du courage, ma pauvre petite ... Danse ... Montre-toi gaie ... Souviens-toi que tu es une Valcor ...»

C’est sur ce mot que la jeune fille venait de rentrer dans les salons. Malgré toute sa vaillance,—car elle ne manquait ni d’énergie ni de fierté,—Micheline ne pouvait plus montrer l’entrain radieux qui, au début de cette fête, faisait d’elle l’image même de la jeunesse heureuse.

Et quelle séduisante image, avec sa taille élevée, souple et svelte, son visage aux traits purs, qui reproduisait, affiné, celui de son père, mais qu’illuminaient, d’une douceur ardente, les sombres yeux veloutés de sa mère, son merveilleux sourire, sa chevelure brune gonflée d’une sève impétueuse sur la délicate blancheur de la nuque et du front.

Micheline de Valcor, d’une beauté célèbre parmi la vieille aristocratie bretonne, à laquelle appartenait sa famille, aussi bien que dans le grand monde parisien où elle commençait à paraître, fille unique d’un homme riche et dont la carrière, déjà si brillante, ne paraissait point atteindre son apogée, n’avait pas accompli ses dix-huit ans, qu’on célébrait ce soir, sans avoir vu se présenter des partis plus ou moins acceptables, et dont quelques-uns même semblaient dignes d’une si parfaite destinée.

Elle les avait refusés tous.

Ses parents, malgré d’assez vives insistances en faveur de quelques prétendants hors de pair, s’étaient gardés de pousser leurs prédilections jusqu’à la contrainte. Ils aimaient trop tendrement leur fille pour essayer de lui édifier un bonheur qu’elle n’eût pas choisi.

Ce ne leur fut point chose difficile que de deviner ses sentiments envers son ami d’enfance, Hervé de Ferneuse. Ils n’y virent rien à reprendre, et se contentèrent de laisser un peu couler le temps pour s’assurer que ces sentiments étaient bien de ceux qui durent et qu’on ne saurait contrarier sans une cruelle inconséquence. Maintenant, ils étaient fixés. Le penchant réciproque des deux jeunes gens avait résisté à la séparation des trois années passées par Hervé dans un régiment de cavalerie.

Le fils de Gaétane était un esprit singulier, d’une gravité rare, absolument dédaigneux du plaisir, et que la science attirait.