De retour à Ferneuse, après son temps de service militaire, il y organisa un laboratoire, ou, désormais, il passa ses journées.
En dehors des problèmes dont il poursuivait la solution, il n’avait de pensée que pour Mlle de Valcor. Élevé près de sa mère, par des précepteurs ecclésiastiques, Hervé était un chaste, avec une teinte de mysticité, un de ces êtres faits pour se donner entièrement à un amour unique, et pour mettre dans cet amour tout l’idéal de leur âme avec toute la chaleur de leur sang.
Jamais il ne l’avait compris comme ce soir, où, presque officiellement, sa vie s’enchaînait enfin à celle de Micheline.
Elle et lui ne craignaient plus de danser trop fréquemment ensemble. Tout le monde savait que les fiançailles seraient annoncées d’un jour à l’autre. Aussi, malgré le devoir mondain qui obligeait Mlle de Valcor à ne pas montrer de préférence parmi les invités de ses parents, elle pouvait garder des tours de faveur à son cher et charmant Hervé, grâce à la discrétion des autres cavaliers, qui se faisaient un scrupule de réclamer une valse à la ravissante amoureuse.
C’est au milieu de cette idylle que tomba le coup de foudre.
Mme de Valcor, plus soucieuse pourtant du bonheur de son enfant que cette enfant elle-même, venait, avec la plus irréparable violence, de briser ce bonheur.
Sans comprendre encore de quelle tragique gravité était le drame où sombrerait demain sa félicité ingénue, le miracle divin de sa jeune destinée éblouissante, Micheline sentait sur ses fraîches épaules décolletées un appesantissement de catastrophe.
Qu’elles étaient fragiles pour supporter ce qui tomberait bientôt sur elles, ces douces épaules à la chair si pure, ignorantes de tout frisson voluptueux ou brutal, ne connaissant encore que le contact candide et léger des petites perles réunies en rang nombreux afin d’engainer très haut le cou élancé, lilial.
Quand le menuet—un supplice!...—fut terminé, Mlle de Valcor partit à la recherche de son père. Celui-ci lui donnerait une impression nette, un mot d’ordre décisif. Elle avait une confiance absolue dans ses résolutions d’homme au prompt coup d’œil, à la volonté sûre, qui se détermine dans la vie comme un capitaine sur un champ de bataille, toujours prêt aux surprises, et d’un sang-froid capable d’y faire face.
Elle trouva le marquis près du buffet, où il conduisait une dame, avec une bonne grâce souriante et aisée, telle que sa fille elle-même se demanda si elle ne sortait pas d’un mauvais rêve.