Elle y rentra bien vite, la pauvre enfant,—et pis que dans un rêve, dans une réalité accablante,—lorsque, un instant après, quand il put, sans affectation, s’approcher d’elle, qu’il voyait plus blanche que sa robe neigeuse, il lui dit d’une voix basse et expressive:
—«Micheline, je compte sur toi pour que cette maison reste au-dessus de la malveillance et des jugements vulgaires. Hervé ne reparaîtra plus ici ce soir ...
—Ce soir?» répéta-t-elle avec une lèvre tremblante d’anxiété comme pour demander: «Seulement ce soir, n’est-ce pas?»
Elle n’eut pas de réponse. Et cependant elle ne put pas douter que son père n’eût compris. Il ajouta simplement:
—«Pour tout le monde, une indisposition de Mme de Ferneuse a forcé son fils à la ramener chez elle. Tu m’entends bien, Micheline?... Je peux me fier à ton orgueil, mon enfant?
—Mon père,» balbutia-t-elle, «il y a donc autre chose?
—Pas ce soir. Pas plus pour toi que pour moi,» répondit-il.
Il se détourna. Et ce qu’elle avait cru saisir de détresse personnelle dans son accent, ne fut pas pour lui enlever l’appréhension affreuse qui lui étreignait le cœur.
Elle revint dans le bal, marchant comme une somnambule, mais la volonté tendue à jouer son rôle de jeune fille heureuse, tout au plus assombrie par le départ—ce contre-temps fâcheux, accidentel—d’une amie de la maison.
—«Madame de Ferneuse s’est trouvée subitement malade,» dit-elle à Françoise de Plesguen. «Son fils a dû la reconduire. Veux-tu me céder ton cavalier pour le cotillon? Le prince Gilbert devait être conducteur en second. Il connaît toutes les figures. Je ne puis demander à personne autre ...»