La physionomie blonde et mignarde de Françoise, ce visage frais et chiffonné comme un pastel de La Tour, qui prenait dans le menuet, avec des grâces surannées, un petit air Louis XV tout à fait de circonstance, se troubla aussitôt de telle façon que Micheline s’en fût aperçue, sans le voile interposé entre son regard et les choses extérieures.
Mais Mlle de Valcor ne voyait plus rien distinctement. Elle ne remarqua pas la flamme mauvaise dont brillèrent les claires prunelles de sa cousine.
—«Non,» dit Françoise d’un ton sec. «Le prince Gilbert doit danser le cotillon avec moi ...
—Le prince Gilbert,» répéta quelqu’un à côté des deux jeunes filles. «Quelle malice dites-vous sur le prince Gilbert, mesdemoiselles?»
Elles se tournèrent. Un jeune homme était là, petit, d’une taille bien prise, à la physionomie particulièrement séduisante avec son teint mat, sa jolie moustache brune, ses yeux d’or, qui, parfois, s’assombrissaient en s’alanguissant. Une expression très prenante, à la fois légère et voluptueuse, teintée d’une ombre mélancolique, donnait de la poésie et de la beauté à ce visage dont les traits, à les détailler, n’eussent rien offert de remarquable.
C’était l’arrière-petit-fils d’un héros de l’Empire, le maréchal Gairlance, prince de Villingen. Lui-même venait d’hériter du titre, il y avait moins d’un an, après la fin tragique d’un oncle représentant la branche aînée, qui, presque octogénaire, s’était fait tuer en duel.
Le prince Gégé—comme on l’appelait à cause de sa double initiale, dans le Paris où l’on s’amuse, et où il s’amusait plus absurdement que quiconque—achevait de dissiper dans le plaisir le patrimoine conquis, par les hauts faits de son bisaïeul, et qui lui arrivait, d’ailleurs fort entamé. Fin tireur et beau joueur, il usait de même les derniers restes de la hardiesse familiale dans les salles d’armes ou devant le tapis vert.
De ce jeune viveur, Françoise de Plesguen était éprise avec tout l’aveuglement de son âge et dans son ignorance de la vie.