Elle ajouta, par un prompt rapprochement d’idées entre sa dernière conversation avec Renaud et ce projet de départ, que la mère du marin niait inutilement:
—«Oui, qui chargerait-il, si ce n’est vous, mon ami, de découvrir et de lui rapporter le fameux anneau?...»
Elle n’acheva pas, recula, saisie, devant un mouvement si farouche de Mathias, qu’elle se crut menacée.
—«Madame la comtesse,» dit-il, en désignant Bertrande et la folle, «il y a ici des oreilles de trop. Si vous avez des choses comme ça à me dire, sortons.»
Joignant l’action à ses brusques paroles, il quitta la pièce, traversa en trois pas le jardinet, se trouva sur le sentier. La comtesse le suivit. Mais elle pensa d’abord qu’il la fuyait, car il ne s’arrêtait pas, gravissant la côte. Il évitait simplement les maisons voisines, et voulait quitter l’étroit chemin, où deux personnes, ne pouvant marcher de front, devaient forcément élever la voix pour causer ensemble. Atteignant la route d’en haut, il la franchit encore, car il y aperçut la petite charrette anglaise dans laquelle Mme de Ferneuse était venue, et le groom debout, près du cob. Mathias, de son pas rapide, pénétra dans la lande. Alors seulement, il devint tout à coup immobile, sans tourner la tête, semblant consentir à ce qu’on le rejoignît, mais n’y tenant pas, dans une indifférence fière.
«Quelles gens, ces Gaël!» se dit la comtesse.
Leur rude orgueil ne déplaisait pas à son âme altière. Conciliante, elle rejoignit Mathias.
—«Ne craignez rien,» dit-elle avec une persuasive douceur, «vos secrets sont en sûreté avec moi.
—Je n’ai pas de secrets.