Il entra. Ses yeux, éblouis par l’espace, eurent vite fait de s’adapter au demi-jour de la salle. Et il demeurait muet, tournant sa coiffure entre ses doigts, devant l’apparition élégante, dont il ne cessait pas de s’étonner.

«Le voilà donc, ce Mathias,» pensait Gaétane.

Avec un sentiment bizarre, une curiosité aiguë, elle regardait cet homme, qu’on lui avait dit être le père de celle que son fils épouserait malgré tout. Point déplaisant à voir, ce souple et hardi marin, avec son masque brun, percé de deux yeux vifs et pâles, son grand corps sec, aux épaules larges, que l’on devinait d’une agilité féline, d’une résistance d’acier. La gaucherie de son attitude marquait de l’embarras, mais sans aucune bassesse. Il avait, dans les gestes, l’aisance noble que donne la justesse indispensable aux exercices périlleux.

—«Ainsi, vous allez en Valcorie?» lui demanda Mme de Ferneuse.

La vieille Mathurine intervint rapidement.

—«En Valcorie, madame la comtesse. Il veut dire au château de Valcor. C’est notre façon de parler, quand nous voulons rire.»

Personne, cependant, n’avait l’air disposé à rire, dans cette famille, sur laquelle pesaient des tristesses cachées, et où les faces graves portaient l’empreinte pensive qui, chez les gens de mer, est comme le reflet de l’infini.

—«Vous êtes bien sûre qu’il s’agit du château de Valcor?» poursuivit Gaétane. «J’aurais pensé pourtant que Mathias, qui a tant de raisons pour être dévoué au marquis, recevrait de lui certaine mission.»

Elle avait intentionnellement appuyé sur les mots que Mathurine et son fils pouvaient comprendre, si l’histoire était vraie de la violence faite à l’Innocente par Mathias et de l’intervention généreuse de Valcor.

Tous deux tressaillirent quand elle souligna d’une intonation voulue «tant de raisons pour être dévoué au marquis.»