LORSQUE Mme de Ferneuse avait quitté la maison des Gaël pour l’abrupt colloque avec Mathias, sur la lande, la fille de l’Innocente, sans lever la tête, avait poursuivi son travail.

—«Tu vois,» lui dit la vieille Mathurine en touchant l’écharpe de la comtesse, «il ne tiendrait qu’à toi de faire des choses de valeur, comme celle-ci. Tu as une fortune dans les doigts, si tu veux seulement être laborieuse.»

Bertrande émit un petit rire sardonique.

—«Des pièces de dentelles comme celle-ci? Et qui me les achèterait? Les pêcheuses de homards du Conquet, sans doute?

—Non. Les dames des châteaux, comme celle de Ferneuse.

—Et celles de Valcor,» ricana de nouveau la jolie ouvrière. «Vous savez bien que votre marquis, dont vous êtes si coiffée, mère-grand, n’aime guère que je montre là-haut ma figure, trop pareille à celle de sa Micheline.

—Qu’est-ce que tu veux dire, Bertrande?» demanda l’aïeule sévèrement.

—«Moi. Oh! rien du tout. C’est le hasard qui fait les ressemblances, n’est-ce pas? Seulement, puisque vous me parlez des châtelaines qui me feront gagner si brillamment ma vie, je demande où vous les voyez.»

La jeune fille leva son admirable visage, dont l’expression ironique s’accordait bien avec l’intonation amèrement moqueuse de sa voix.

—«Tu n’avais qu’à rester au couvent. Toute la noblesse de Bretagne s’y fournit de dentelles. Ton habileté aurait été bientôt connue et appréciée par cette clientèle brillante.