Une force inconnue la redressa. Quelque chose de douloureux et de terrible passa dans ses prunelles pâles.
—«Valcor ...» murmura-t-elle. «La valetaille se rirait de moi ici!...»
Le domestique ne saisit pas les mots. Mais l’expression de cette étrange vieille lui en imposa:
—«Voulez-vous voir madame la marquise?» demanda-t-il plus poliment.
Elle ne lui répondit pas, tourna les talons, descendit les degrés, et s’éloigna dans l’avenue, droite et muette, comme si sa vieille âme n’eût pas fléchi ni crié en elle-même sous le fardeau effroyable de la vie, comme si son vieux corps n’eût pas été plus cassant, plus usé, qu’un arbre creux jusqu’à l’écorce.
Toutefois, quand elle se crut assez loin pour ne plus sentir sur ses épaules le regard insolent du domestique, elle s’arrêta au bord de l’allée et se laissa glisser sur l’herbe.
Elle resta là, se demandant si elle pourrait se relever jamais, regardant, à travers la percée lointaine des feuillages, la façade lumineuse, l’impassible façade du château, et se rappelant ...
Le même jour, et à peu près vers la même heure, M. de Valcor suivait lentement la rue de Verneuil, après sa visite à Marc et à Françoise. En les quittant, il rentra chez lui, dans l’hôtel de Servon-Tanis, héritage de sa femme,—une demeure de fort grand air, du moins quand on en avait franchi la porte extérieure, qui donnait sur la rue du Bac.
Cette porte, en retrait dans un enfoncement semi-circulaire, se dressait, énorme et massive, entre des communs bas et sans architecture. Et l’ensemble formait comme une barrière assez rébarbative entre le populeux mouvement de cette rue commerciale, passante, bruyante, et la noble tranquillité de la maison ancienne, au fond de sa vaste cour silencieuse.