—«Eh bien, voulez-vous prendre la peine de venir me trouver, pour que nous arrêtions ce que, dès demain?...
—Il est bien tard pour le numéro de demain. Mais je puis annoncer en dernière heure qu’un coup de théâtre inattendu fait entrer dans une nouvelle phase un scandale qui retombera sur ses promoteurs ... Ou bien que le marquis de Valcor va donner un éclatant démenti ... Ou bien ...
—Mais non, mais non ...» interposa Renaud, avec un flegme dont il s’amusait lui-même. «Je souhaite, en attendant mieux, que vous enregistriez, en dernière heure, quelque chose comme ceci: «Nous recevons les plus piquantes révélations sur l’intrigue abominable où va sombrer le nom de Valcor avec celui de Plesguen, et aussi un autre, plus ancien et illustre entre tous, celui de Servon-Tanis. Tout l’armorial français va être éclaboussé par cette boue. On entrevoit, dans cette affaire, des dessous d’une invraisemblable ignominie. C’est le cas ou jamais de dire, en parlant de cette classe abâtardie, usée, dégradée, qu’est la noblesse: «Il y a quelque chose de pourri dans le royaume de Danemark.»
Ici Renaud se reprit:
—«Non, supprimez «de Danemark», vos lecteurs ignorent sans doute Hamlet.»
Le directeur de l’Aube rouge ne releva pas cette raillerie. Sa stupéfaction l’y laissa insensible.
—«Comment, monsieur le marquis, vous voulez?...
—Que vous me traîniez dans la fange, moi et toute ma caste,» acheva Valcor en riant. «J’ai soif de diffamation et d’outrage.
—Mais encore faut-il que je comprenne votre but,» reprit le journaliste, devenu revêche. «Comptez-vous envoyer vos témoins à l’offenseur?... me faire un procès?
—Rien de tout cela. Je ne relèverai aucune des injures de votre journal. Sinon pour vous en marquer ma reconnaissance, aux conditions que vous y mettrez.»